
Tantôt porte-parole de L'Oréal, tantôt mannequin pour Thierry Mugler, icône auprès de Lady Gaga ou acteur, Zombie Boy ne cesse de surprendre et d'attirer les projecteurs. Cet après-midi, le Musée Grévin de Montréal l'invitait à découvrir en primeur la statue de cire réalisée à son effigie. Conviés à l'événement et curieux de rencontrer ce jeune homme sulfureux qui ne cesse de faire frétiller la planète mode et pop, nous nous sommes immiscés dans ce freakshow grandeur nature.
De la rue aux podiums
La vie de Rick Genest, plus connu sous le nom de Zombie Boy ou Rico the Zombie, bascule quand les médecins lui détectent, enfant, une tumeur au cerveau. Si la tumeur bénigne lui est enlevée, cette impression d'avoir frôlé la mort le poursuit jusqu'à fascination. Poussé par l'envie de « passer par l'école de la vie », il claque la porte de chez ses parents à Châteauguay pour vivre dans la rue. Du moins est-ce ce qu'il dit aux journalistes. Fugueur ou mis dehors, il se retrouve, à 17 ans, à squatter les taudis désaffectés de Saint-Henri et nettoyer les pare-brises des voitures passant près du pont Jacques-Cartier.
Le mythe dirait même qu'il se soit payé ses 15 000 $ de tatouages grâce à ses coups de « squeegee ». Enfin devenu zombie, le garçon des rues renaît. Impossible de passer inaperçu, le look a le mérite de surprendre, voire de fasciner. Il en fera d'ailleurs son fonds de commerce. Repéré par la magazine Dress to Kill, Rick Genest médiatisé est propulsé sur le devant de la scène. Depuis son embauche en 2010 au sein de la troupe Carnivale Lune Bleue, le montréalais enchaîne les success-stories.
Son entrée dans le monde de Lady Gaga
Repéré par le génial Nicola Formichetti, directeur mode de Lady Gaga, il le suit sur les podiums de Mugler, pose pour le Vogue nippon ou GQ, joue la muse pour Gaga dans « Born This Way ». Toujours grâce à son physique hors du commun, il intègre le casting de 47 Ronin, où il donne la réplique à Keanu Reeves. Interrogé devant sa statue de cire au Musée Grévin, il confie travailler sur un album secret. Une nouvelle passion pour la musique ? Si on ne parvient pas à en savoir plus, une chose est sûre : le Zombie a bien quitté les limbes montréalais pour les projecteurs des podiums.
Un Zombie au Musée Grévin
Pied de nez au système ou simple opportunisme, Zombie Boy intègre le Musée Grévin avec fierté. Il faut le voir déambuler devant les statues de célébrités figées, prendre la pose, insister pour qu'on le prenne en photo devant Elvis, faire le clown devant Bonhomme ou parodier Justin Bieber et Céline Dion. La star, c'est bien lui en ce jeudi après-midi. Qu'importe Al Pacino, qu'importe les Brangelina ou Michael Jackson de ce monde. Une boisson estampillée Zombie Boy à la main, il parade.
Et à l'observer frétiller sous l'œil aux aguets de son équipe, on ne peut que se demander ce qu'un mec de la rue, un mec ayant rejeté le système au point de revendiquer un mode de vie anarchique fait dans un lieu aussi « mainstream ». Le paradoxe est cinglant face à la reine Elizabeth impassible.
Zombie Boy au Musée Grévin... un paradoxe pour le moins étonnant!
Questionné un peu plus tard et visiblement ébranlé par la remarque, il se taira un instant, avant de balbutier « c'est cool d'être parmi toutes ces stars, et puis les statues sont faites par des artistes en bas ». C'est à peu près la seule phrase ayant du sens qu'on obtiendra de ces quelques minutes d'échange. Visiblement sous l'effet de vapeurs douteuses, Zombie Boy nous parlera par onomatopées de Nicola Formichetti « grâce à lui j'ai eu un passeport et je peux voyager dans le monde entier ! », de Gaga « j'étais avec elle sur le clip, tu l'as vu ?! ». Autour de lui, les journalistes ne savent plus trop quoi faire de ces réponses sans queue ni tête, quand, derrière nous, on nous presse d'écourter.
Personne ne semble savoir combien de temps le trublion va tenir avant de tout envoyer valdinguer. Incapable de rester en place, la statue de Marie Saint-Pierre titube déjà. Une bouteille d'eau vidée en quelques minutes, il est temps de passer le relais au prochain. Autour, les regards sont gênés, les sourires pincés. « Bravo, tu t'en es bien sortie ! » me lance-t-on à la sortie. C'est déjà ça. Mais l'impression de fraude reste omniprésente : le freak comme façon d'exister? Ou comme nouveau marché, aux côtés de ces femmes Barbie qui font les manchettes de sites à ragots? Certes le garçon est gentil, presque doux. Mais quel mal-être palpable. Quel besoin d'attention criant. Si son discours n'était pas si creux, cela en serait presque touchant finalement.
Par Sarah Meublat de notre réseau d'expertes.
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