Zombie Boy

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Une interview avec Rick Genest alias Zombie Boy on Noun Magazine

24 Oct
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Photograph by: Colin R. Singer

«Ne jugez pas un livre à sa couverture.» Le Canadien Rick Genest, au surnom bien mérité de Zombie Boy, est l’illustration vivante de ce dicton. Lorsqu’il se promène dans la rue, son look suscite généralement la stupéfaction, voire l’effroi. Pourtant, en dépit de ses centaines de tatouages assez morbides qui lui confèrent l’apparence d’un mort-vivant plutôt sexy, Genest est tout le contraire d’un chantre de la violence. Son approche est avant tout philosophique, motivée par une expérience douloureuse qui l’a marqué pour toujours.

Rick Genest a grandi dans la banlieue de Montréal. Durant son enfance, les médecins découvrent qu’il a une tumeur au cerveau; il sera opéré à15 ans. Cette confrontation avec la mort provoque un déclic, mais, par respect envers ses parents, il attendra ses 16 ans avant de franchir le pas, débuter sa métamorphose et rejoindre le monde particulier des artistes à l’ancienne, dans la lignée des cirques Freakshows du siècle dernier.

Tout change en 2010, lorsqu’il accède à la célébrité internationale en se faisant repérer sur Internet par Nicola Formichetti.Ce dernier, directeur artistique de la maison Thierry Mugler et styliste attitré de Lady Gaga, est séduit par cet artiste hors norme; il décide de le faire apparaître dans le vidéoclip Born this way de son extravagante collaboratrice.Les choses s’enchaîneront ensuite à une vitesse étourdissante pour ce jeune homme décalé, passionné de films d’horreur: mannequinat pour Mugler, plusieurs apparitions dans des magazines prestigieux comme Vogue et Vanity Fair, campagnes publicitaires…

Rick Genest (Rico pour les amis) a bien voulu répondre aux questions de NOUN dans le cadre d’un entretien exclusif. Il s’est dévoilé avec pudeur et simplicité, à partir de son hôtel à Zurich.

Vous êtes un mannequin et artiste célèbre dans le monde entier. Découvert par le styliste de Lady Gaga, Nicola Formichetti, vous vous êtes retrouvé en moins d’un an à défiler pour Thierry Mugler. Comment tout cela s’est-il passé?

Eh bien, je dois vous dire qu’à la base je n’étais pas complètement étranger au monde de la photographie. Mon look de squelette vivant m’a toujours permis de trouver facilement du travail, dans des bars, dans des spectacles (…). J’ai décroché de petits rôles à la télévision, posé pour des magazines de tatouages et fait une apparition dans une vidéo de mode, The Spirit and the Flesh par Gibran Ramos; j’ai joué dans un film, Carny, avec Lou Diamond Philips. National Geographic, Bizarre magazine et d’autres publications ont rédigé des articles sur moi. Et puis un beau jour, un homme prénommé Ludo m’a arrêté dans la rue et m’a proposé de poser pour un magazine de mode, Dressed to Kill. C’est cette séance de photo, précisément, qui a attiré l’attention de Nicola Formichetti. Il m’a embauché pour travailler avec la marque Thierry Mugler, puis m’a demandé de figurer dans Born this way de Lady Gaga.

Quelles sont les raisons précises qui vous ont poussé à choisir des tatouages d’une beauté si dramatique? Vos motivations découlent-elles de votre maladie quand vous étiez enfant?

Les tatouages que j’arbore sont les vecteurs d’un message exprimant ce que je ressens; en anglais, le terme précis est «transitive pictograph verbalization». Plusieurs raisons expliquent mon choix. En premier lieu, le mythe du zombie trouve son origine dans les histoires de gens enterrés vivants à l’époque des épidémies de peste; or, durant mon enfance, cela s’est quelque part avéré vrai pour moi. Je suis tombé gravement malade, j’étais affecté physiquement et mentalement, j’étais un peu comme un zombie (…). En outre, ces créatures sont souvent considérées dans l’art littéraire et cinématographique comme le symbole d’une xénophobie latente. Cela s’est également appliqué à moi: au cours de mon adolescence, j’étais souvent rejeté, détesté ou incompris. Enfin, le zombie incarne la rébellion: contre le consumérisme à outrance, contre les lois mêmes de la nature. À cet égard, je tiens à citer le philosophe William James Durant qui dit: «Une grande civilisation n’est conquise de l’extérieur que si elle est détruite de l’intérieur.»

Quelques années plus tard, et vous voilà donc en train de défiler pour les plus grands noms de la mode. Pouvez-vous nous raconter votre premier catwalk?

Je me rappelle que le podium était impressionnant et la musique assourdissante. J’avais un voile sur le visage, donc je ne voyais pas grand-chose, sans compter que les lumières étaient tamisées et qu’il y avait de la fumée partout! Mais je me suis beaucoup amusé, et le show a eu un succès retentissant.

Est-ce que le monde de la mode est aussi fou qu’on le prétend?

Laissez-moi vous dire que le monde du show-business dans son intégralité est généralement fou. Donc oui, des jargons bizarres, des habits dans lesquels j’ai du mal à rentrer!

Êtes-vous déjà allé au Moyen-Orient? Si oui, avez-vous des anecdotes à partager?

J’ai seulement transité une fois par l’aéroport de Doha, au Qatar. Mais je vous assure que, d’après ce que j’ai pu voir à l’atterrissage et au décollage, la ville m’a semblé incroyablement belle. C’est un paysage que je n’avais vu que dans les films.

Dalal Medawar

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